Voici une sélection de choses que nous avons rencontrées et que nous jugeons dignes d’être partagées. Des idées qui font évoluer le monde dans lequel nous vivons, en le reflétant, en le sublimant ou en le confrontant. Nous faisons tous partie d’un dialogue plus large, et il est temps de prendre la parole.
Les textes, conférences, films, podcasts, etc., que vous trouverez ici ont façonné ma pensée au fil des années. Ce n’est pas une liste exhaustive : ils sont là parce que je les ai découverts au bon moment et au bon endroit. Peut-être ne sont-ils plus révolutionnaires lorsque vous les découvrez, peut-être avez-vous eu la chance de rencontrer d’autres auteurs avant eux, qui vous ont éclairé. Les chemins de la pensée sont souvent de longues traversées du désert, jusqu’à ce qu’un jour, quelqu’un formule à voix haute ce que vous n’avez pas réussi à exprimer depuis longtemps. Ou jusqu’à ce que les gens autour de vous commencent à dire des choses qui résonnent avec vos propres mots, et que l’on ne vous prenne plus pour un fou.
Greta Thunberg : Humanity has not yet failed
Podcast, 2019
Lors de son voyage à travers les États-Unis pour assister à la COP 25, initialement prévue au Brésil mais déplacée en Espagne à la dernière minute, Greta Thunberg a emporté un micro pour enregistrer ses rencontres. Voici son journal de voyage. Partout où elle va, les questions environnementales et sociales sont soulevées, et les deux sont toujours intimement liées. Une chose est claire : le changement climatique a déjà commencé.
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Aurélien Barrau : Le plus grand défi de l'histoire de l'humanité
Conférence, 2020
Aurélien Barrau est un astrophysicien, philosophe et poète français. Ce qui m’intéresse chez lui, c’est l’honnêteté de son discours. Ses mots sonnent extrêmement radicaux et éloignés de tout ce qu’on entend ailleurs. Mais une fois le choc initial passé, on est forcé de reconnaître la justesse de ses propos, et ainsi d’admettre que notre façon de voir les choses a été conditionnée par une pensée dominante, dont il est difficile de s’échapper. Pourtant, c’est ce dont nous avons besoin pour repenser le monde et inventer demain. Cette conférence n’est qu’une parmi tant d’autres qu’il a données.
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Trouver quelque chose d’Aurélien Barrau en anglais est pratiquement impossible. Voici l’une des rares interviews qu’il a accordées à une chaîne de télévision étrangère >>> Regarder ici
Et parce qu’il est aussi poète, voici une œuvre de pure beauté en collaboration avec les musiciens de Desertstreet >>> Regarder ici
Paul B. Preciado : Je suis un monstre qui vous parle
Essai, 2020
(Engl. Can the monster speak?, translated by Frank Wynne, 2021)
Pour moi, découvrir Preciado a été un peu comme redécouvrir le monde. D’abord ne rien comprendre, puis lentement passer de l’autre côté. Ressentir l’importance cruciale de ses mots dans la relecture des corps. Le corps social et le corps animal. Sortir de la binarité du monde signifie mettre notre construction de pensée sens dessus dessous depuis l’Antiquité. Si la binarité de genre n’est plus un a priori clair sur lequel je peux penser le monde, à quoi puis-je me raccrocher, et par où recommencer ? Réfléchir à la discrimination ou à la pathologisation des corps trans comme le fait Preciado, c’est repenser tous les corps, voir tout le mal que les humains peuvent se faire, et prendre les armes pour combattre le patriarcat en chacun de nous.
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Katell Quillévéré : Réparer les vivants
Film, 2016
(Engl. Heal the living)
La mort fait partie de la vie. Elle est là, mais on l’oublie. Puis il y a ces moments où elle s’invite dans le décor et nous surprend. *Réparer les vivants* raconte l’histoire d’une greffe de cœur, d’un jeune homme à une femme plus âgée. Les hôpitaux. Le génie de l’humanité qui rend possibles ces miracles prolongeant la vie. La douleur du deuil. La puissance du monde. Et l’interconnexion entre nous tous. Le langage cinématographique de Katell Quillévéré est d’une puissance indescriptible. La caméra vole à travers l’espace et les vagues. Les images sont d’une grande beauté, sublimées par un jeu d’acteur précis et juste.
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Édouard Louis : Histoire de la violence
Roman autobiographique, 2016
(Engl. History of Violence, translated by Lorin Stein, 2018)
Auto-analyse d’un viol homosexuel. Édouard Louis dissèque l’expérience traumatique du viol. Les mots frappent aussi fort que les coups, et je peux m’identifier à son histoire. Non pas parce que j’ai vécu la même expérience, mais simplement parce que la vie est parfois dure pour nous tous. Certains épisodes nous frappent violemment et nous coupent les jambes. Les coucher sur le papier peut ouvrir la porte à la rémission. Mais Édouard Louis fait aussi partie de ma génération. Le même âge. Et parle le même langage. Avec *Histoire de la violence*, il rejoint une tradition de romans qui prennent l’expérience personnelle comme marqueur social, le travail sur soi comme première étape du travail sociologique.
Le texte a été adapté pour la scène par Thomas Ostermeier, avec Édouard Louis jouant son propre rôle.
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Nicolas Martin : Un été en Antarctique
Série de podcasts, 2020
(Engl. A summer in the Antarctic)
En 10 épisodes, ce documentaire nous emmène dans un voyage d’émerveillement authentique. Il est devenu si difficile de s’émerveiller devant l’inconnu, de s’embarquer vraiment dans une aventure. Peu à peu, Nicolas Martin nous présente tous les personnages embarqués sur l’Astrolabe en direction de la base Dumont d’Urville. Le craquement de la glace et en une seconde, je me sens à des milliards de kilomètres de chez moi.
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Marc Augé : Non-lieux. Introduction à une anthropologie de la surmodernité.
Essai, 1992
(Engl. Non-places. Introduction to an anthropology of supermodernity, translated by John Howe, 1995)
Si je ne devais laisser qu’une trace de mes études en sciences culturelles, ce serait peut-être ce livre. En introduisant le concept de non-lieux, par opposition aux lieux, Marc Augé crée une catégorie de pensée pour comprendre notre relation avec l’espace. La surmodernité a multiplié les lieux de passage et de transition (autoroutes, parkings, centres commerciaux, etc.), réduisant ainsi le nombre de lieux où nous pouvons nous rencontrer et vivre. Marc Augé théorise un sentiment qui doit traverser bon nombre d’entre nous lors de nos déplacements. Mettre des mots sur cette impression que les espaces sont colonisés à notre insu m’a aidé à comprendre comment je voulais habiter la ville et rejeter un système d’habitation qui écrase le vivant.
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In Between
Court-métrage d’animation, 2012
Nous avons tous un crocodile qui nous suit partout. Mon crocodile n’est pas le même que le tien. Pour moi, ce film est une représentation poétique de cette part intime de nous-mêmes que nous emportons partout. Parfois, un film n’a pas besoin d’en faire beaucoup pour être magnifique. La simplicité de l’histoire me touche et me fait penser que nous avons tous quelque chose de commun caché au fond de nous.
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Céline Sciamma : Portrait de la jeune fille en feu
Film, 2019
(Engl. Portrait of a Lady on Fire)
C’est une histoire de femmes, réalisée par des femmes, sur des femmes. Des femmes qui n’ont pas peur et qui explorent leurs instincts. Des femmes qui aiment et qui pensent. Céline Sciamma a une confiance immense en ses actrices et en son équipe. Le résultat est une abondance d’énergie créative. Chaque image est travaillée comme une peinture éclairée à la bougie. C’est un film courageux qui se laisse influencer par tous les arts et reste en dialogue avec eux.
Puisque c’est un film sur une histoire d’amour, il y a aussi une belle insistance sur le corps. Des corps qui vivent malgré leurs chemises. Vivre le jour avec le vent et l’eau, et la nuit avec la terre et le feu, en racontant des histoires. Des histoires de naissance et de plantes. Des histoires du savoir ancestral que les femmes avaient sur leurs corps.
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Charlotte Bienaimé : Un podcast à soi
Podcast, 2017–aujourd’hui
(Engl. A Podcast of One’s Own)
Le féminisme, c’est très bien quand on le présente comme ça, et tout le monde est féministe, mais que signifie repenser notre monde ? Ma relation à moi-même, mon construct social, en d’autres termes les catégories que j’ai créées dans ma tête pour comprendre le monde et interagir avec lui. Vivre dans une époque comme la nôtre, en pleine mutation sociale, nous avons tous la responsabilité de réapprendre. Le patriarcat a opprimé et continue d’opprimer les hommes, les femmes et les personnes non binaires. Le problème est en chacun de nous, et la solution aussi. Un podcast à soi est une boîte à outils pour avancer. Un travail très fin de Charlotte Bienaimé et un bel hommage à Une chambre à soi de Virginia Woolf.
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Robin Campillo : 120 Battements par minute
Film, 2017
(Engl. 120 Beats Per Minute)
L’histoire d’une lutte militante. Celle d’Act Up Paris contre le sida dans les années 90. Élever la voix et dire non. Crier l’injustice pour trouver un sens à la vie. Accepter la maladie. Vivre et s’affirmer. Trouver de nouvelles façons de militer. Lancer du faux sang sur les laboratoires. Dénoncer la morale qui condamne les êtres humains. Danser et hurler.
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